Français, Françaises, le général De Gaulle est mort, la France est veuve ”
Longtemps, Georges Pompidou a suivi les traces du général
De Gaulle. Pour finalement s’en écarter. Les années 60 voient les deux amis de toujours devenir collaborateurs : De Gaulle président, Pompidou premier ministre. Le chef fait dans le prestige finissant quand le sous-fifre bénéficie d’une forte popularité.
Pompidou profite d’une image beaucoup plus moderne et apte au compromis. Inconnu en 1962, lorsqu’il devient Premier ministre, l'ancien normalien connaît le règne tranquille de celui qui profite des bienfaits d’une économie florissante. La France renaît et se modernise sous son mandat.
Mais voilà, mai 1968 arrive. Alors que le Général fuit à Baden Baden, Pompidou comprend que les émeutiers ont provoqué trop de remous et que des élections donneraient la victoire au Président, à qui il conseille de dissoudre l’Assemblée.
De Gaulle se méfie, et préfèrerait un référendum. La victoire gaulliste pousse donc le Président, qui n’aime pas avoir tort, à provoquer la démission de Pompidou. Celui qui est à l’origine des accords de Grenelle accuse le coup.
Le froid s’installe entre les deux hommes. Désormais, Pompidou est seul et toujours populaire. Les élections présidentielles de 1969 sont une victoire écrasante pour le chef de l’UDR, qui remportent 58% des suffrages au second tour.
Le septennat (devenu quinquennat à cause de sa mort prématurée) de Pompidou marque la rupture par rapport au gaullisme. La modernisation de la France s’accélère : investissements dans le TGV, les transports routiers, le téléphone, la mécanisation de l’agriculture. La France est couverte de buildings et d’autoroutes. A l’international, Pompidou assouplit la fermeté gaullienne envers les Etats-Unis et soutient l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun.
La France rêve alors d’atteindre la puissance économique de ses rivaux, notamment l’Allemagne. Pompidou promet une société aussi égalitaire et prospère que celle de Suède, avec « le soleil en plus ».
Mais le rêve tourne court. La modernisation provoque la montée du chômage, dont on sait aujourd’hui qu’il ne redescendra pas. Les premiers contrecoups du choc pétrolier de 1973 se font sentir.
Sans oublier que Pompidou est au plus mal. Apparaissant fréquemment à la télévision, son visage est déformé par les corticoïdes qu’il doit prendre pour combattre la maladie de Waldenström. L’Elysée fait état dans ses bulletins médicaux de « simples grippes ». L’opinion publique et le monde politique se laisse donc surprendre par sa mort.
Pompidou s’éteint en même temps que les Trente glorieuses. Il emporte avec lui le plein-emploi, la forte natalité et la croissance économique. Mais il laisse une volonté de modernisation que Giscard reprend à son compte. Et surtout, une nostalgie d’une France meilleure.