|
Le joli mois de mai revisité par Fluctuat en partenariat avec l'INA. A lire également un entretien autour de Mai 68 avec Hervé Hamon.
Pour en finir définitivement avec mai 68 Fin de notre série dédiée à mai 68 avec cette histoire de la chienlit sans laquelle l'hommage n'eut été complet. Vous en avez soupé des images en noir et blanc de Dany... Le Rouge en train de discuter en fumant des clopes avec des super nanas dans des amphis hippies ? Vous pensez qu'on en fait trop et que ce n'est pas parce que ces jeunes cons nous ont permis d'avoir une semaine de congés en plus, de niquer comme des lapins (enfin, les plus chanceux d'entre nous) ou de révéler la vraie nature de l'ordre policier qu'une société mille fois plus évoluée que celle de l'époque (la nôtre) doit se prosterner à leurs pieds. Alors voilà, comme nous tous, vous êtes persuadés qu'il faut enfin en finir avec mai 68 et sa chienlit. C'est là qu'une question surgit, insondable : mais qu'est-ce que ça veut dire la "chienlit" déjà ? Dans vos souvenirs d'historien, le mot a ressurgi dans la bouche de De Gaulle qui déclarait alors : "la réforme, OUI, la chienlit non !". Et puis quoi d'autre ? Un coup de fil au cadavre de Maître Capello (il est mort, non ?) et le tour est joué, vous voilà incollable sur la chienlit. Car, comme disait Jacques Chirac (ou un philosophe oriental), "pour vaincre son ennemi, il faut d'abord le bien connaître." Introduit dans la langue française par Rabelais dans sa saga Gargantua et Pantagruel, le terme de "chienlit" utilisé par De Gaulle pour qualifier le caractère festif et bigarré des manifestants étudiants fait référence historiquement à une tenue traditionnelle que les corporations ressortaient annuellement pour le Carnaval de Paris. Le costume était en gros une tenue de nuit qu'on avait barbouillé au cul de moutarde ou de tout autre produit susceptible de faire penser à ce que vous savez. Ainsi la chienlit signifiait littéralement le "chie-en-lit" sans aucun rapport avec nos amis les canidés. Etonnant, non ? Par extension, le mot est redevenu courant pour désigner toute forme de désordre, de pagaille et de retournement des valeurs. Le mot a été mélangé avec chien-dent pour prendre des accents botaniques et désigner quelques mauvaises herbes. N'a subsisté dans cet emprunt fameux au Général de Gaulle que la dimension révolutionnaire du terme. Le propre du carnaval, en effet, est de proposer un retournement de la société sur elle-même, ce qui, d'une certaine façon, n'était pas si éloigné du projet des soixante-huitards. Grâce à nous vous pourrez conclure votre charge désespérée contre mai 68 par un blague du meilleur goût. Quel est le point commun entre un nourrisson et un soixante-huitard ? - Ils font tous les deux cacas au lit. Rires assurés dans les cercles UMP et aristocratiques.... 13 mai 68 : "Pas de replâtrage, la structure est pourrie"Le 03 mai 1968, une immense manifestation à lieu dans Paris. La CFDT parle d'1 million de personnes, la police 200.000. Ils sont 1 million à descendre dans la rue dans tout le reste la France. C'est aussi le début d'une grève générale qui deux semaines plus tard, paralysera le pays et fera abdiquer le gouvernement. Voici une vidéo faisant le point sur les manifestations syndicales et l'etat de la mobilisation dans le monde ouvrier.
10 mai 68 : "Sous les pavés la rage"« La nuit des barricades ». Paris se lève avec la gueule de bois. C'est l'apogée de la violence étudiante. Au petit matin, le 11 mai, le quartier Latin porte les stigmates des affrontements de la veille. Les dégâts constatés sur la voirie, comme le nombre important de blessés et la dureté de la répression policière, va entraîner une prise de conscience de l'opinion publique. Mais avant tout, cette nuit va réveiller le monde ouvrier qui était jusqu'alors indécis quant à son engagement dans le conflit.
De Prague au boulevard Saint-MichelA force de commémorations/autocélébrations/procès, on en viendrait presque à penser 68 comme un événement franco-français. Le combat mené dans les pays de l'Est, l'engagement de la population, ont d'ailleurs grandement influencé les acteurs du mouvement français. Ainsi du printemps de Prague, qui débute le 5 janvier 68, et dont les différents témoignages parviennent jusqu'à la sphère estudiantine et contribueront largement à la formation de son imaginaire collectif. On retrouve notamment cette influence à travers l'alliance du prolétariat avec les étudiants. Voici donc une vidéo dans laquelle des citoyens tchécoslovaques issues de milieux différents s'expriment sur la situation nouvelle que connaît leur pays.
6 mai 68 : "Je prends mes désirs pour des réalités, car je crois en la réalité de mes désirs"6 mai 1968 : L'opinion n'a pas encore pris la pleine mesure de la révolte à laquelle elle assiste. Pour bon nombre d'observateurs, elle n'est 'ailleurs encore que le fait de quelques « enragés » aux idéaux marginaux, qui prennent en otage la masse. D'autres heureusement essaient de comprendre la portée de ce mouvement sur la société, et surtout les raisons qui poussent la jeunesse, parisienne dans un premier temps, à s'insurger contre l'ordre. La France de De Gaulle est entrée de plein pied dans la société de consommation, mais les valeurs morales qui la régissent évoluent moins vite . D'où une vision paternaliste de l'insurrection qui en outre ne répond pas aux canons ordinaires de la mobilisation. Claude Lefort parlera aiinsi des enragés. " Dans une société saturée de discours et d'organisations, où la parole et l'action sont assignées à résidence, où il faut avoir sa place, décliner son identité, pour avoir le droit d'agir ou de parler, ils créent un nouvel espace". Vidéo qui témoigne de la mobilisation étudiante en province, à Bordeaux en l'occurrence, et qui prouve que le mouvement de révolte n'est pas uniquement le fait d'excités en mal de sensations fortes.
2 mai 68 : Occident ou les fafs et la terreur rougeLe 2 mai, les locaux de la FGEL (Fédération Générale des Etudiants en Lettre) sont incendiés à la Sorbonne. Les soupçons se dirigent tout de suite vers le mouvement « Occident »: un cercle barré d'une croix celtique, symbole du mouvement, est retrouvé sur les mur du local calciné. L'agitation gagne alors la faculté, et une rumeur va accélérer l'enchaînement des évènements. Les militants d'Occident vont, avec l'aide d'anciens parachutistes, donner l'assaut à la fac de Nanterre, pour en déloger les occupants. Un vent de panique souffle sur l'université et le campus se transforme alors en vrai camp retranché. L'attaque n'aura pourtant pas lieu, et c'est le lendemain, le 3mai, que les mutins de Nanterre investissent le quartier Latin.
Mais revenons à « Occident » et ses militants. Le mouvement est fondé en 1964, dissous en 1968 pour se restructurer son l'appellation GUD (Groupe Union Défense). En pleine guerre froide, le mouvement se construit autour de la haine viscérale du communisme. Le mot d'ordre est on ne peut plus clair : « Tuez les communistes partout où ils se trouvent! ». Ouvertement raciste et xénophobe, « Ce que nous refusons comme irréel, c'est la vision égalitaire qui prétend faire de l'humanité un ensemble de petits cubes égaux entre eux. De toute évidence, les hommes sont inégaux Général De Gaulle, qualifié de « bradeur » de l'Algérie Français. A tel point que lors de la révolte étudiante de mai 68, les militants d'Occident sont tiraillés entre rejoindre les barricades et renverser De Gaule, ou soutenir le gouvernement contre les gauchistes mais la haine des "rouges" restera la plus forte.
Occident c'est aussi le boulet que la droite a au pied, son "trotskysme" à elle, et qui explique peut-être en partie, ce dégoût de l'héritage soixante-huitard dans les rangs sarkozyens. Car quelques personnalités émérites ont fréquenté le sympathique mouvement das leur adolescence politiques : -Patrick Devedjian : « Je ne me suis jamais caché de mon passé. J'étais d'origine arménienne et c'était aussi une façon, pour moi, de me sentir français. J’étais anticommuniste et, finalement, je n’ai pas changé. Je me suis engagé pour la cause de l’Algérie française. J’ai quitté Occident en 1966, après avoir découvert Raymond Aron. Ce mouvement n'avait rien à voir avec l'extrême droite de Jean-Marie Le Pen. C'était une autre époque, on ne peut pas comparer... » -Alain Madelin : « J'étais animé par un anti-communisme militant, extrême et passionné, qui a accompagné une bonne partie de ma vie d'étudiant. Et comme à ce moment-là, la France de l'anticommunisme était marginalisée, nous avons été systématiquement confinés à l'extrême droite. En face, ils étaient pour Mao et Pol Pot, pour les Gardes rouges et pour les Khmers rouges. Je ne regrette pas de ne pas avoir choisi ce camp-là ». -Hervé Novelli : « J’étais plus jeune que les autres, mais j’étais spontanément du côté de l’ordre. A l’époque, il n’y avait rien entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Je n’ai pas un regret, Occident, c’était un engagement anticommuniste dans lequel je me reconnais toujours. C’est une époque révolue, il en reste une sorte d’amitié liée à l’adolescence. Ne tombons pas dans le piège de la béatification de l’extrême gauche et de la diabolisation de l’extrême droite ».
1er mai 68 : les français à nouveau dans la ruePremier billet d'une série sur les jours de colère et de liesse ou de "chienlit" qui ont ponctué tout le mois de mai 1968. Depuis 1954, et le début de la guerre d'Algérie, toute manifestation est interdite dans Paris, les autorités craignant des attentats dans la capitale. le traditionnel défilé du 1er mai n'échappe pas à la règle. En 1968, la population investit donc les rues de la capitale pour la première fois depuis 14 ans. A voir les images du défilé mai 68. Demain : Occident, les fafs et la terreur du rouge
|
Discussions en cours sur le forum :
|