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Pourquoi il faut arrêter de lancer des chaussures

Posté par Easywriter le 09.02.09 à 18:53 | tags : décryptage

En lançant ses souliers sur George Bush au cours d'une conférence de presse, le journaliste irakien Mountazer al-Zaïdi ne se doutait pas qu'il était un pionnier. Un créateur de tendance.
Depuis, l'acte a été récupéré en Grande-Bretagne, en Suède et en France lors d'un happening organisé par les chercheurs qui protestent contre les réformes voulues par Valérie Pécresse.

Le lancer de chaussures est devenu un acte révolutionnaire à portée relative : toujours moins efficace qu'un pavé dans la tronche, mais tout de même plus aussi libertaire-rigolo-inoffensif que la tarte à la crème. Cette dernière  véhicule d'ailleurs une symbolique assez claire : il s'agit par un spectacle comique un peu cheap de symboliser justement la suffisance et la vanité du personnage que l'on agresse.

L'entartage moderne version Noël Godin vise donc généralement des gens dont la pipolisation excède : Bernard-Henry Levy, Ségolène Royal - des chroniqueurs comme Eric Zemmour pourraient être des cibles de choix (nous on dit ça...)

Globalement les victimes d'un entartage ne feraient jamais l'objet d'une agression physique plus poussée. On ne songerait pas à jeter un pavé dans la figure de Philippe Douste-Blazy par exemple.
Le lancer de chaussure, lui, exprime une forme de contestation désespérée plus violente comme le prouve son acte fondateur (un va-nu pieds s'attaque à l'Empire).

Il articule les maux que les mots ne savent ou ne peuvent plus dire : la résistance face au dictateur (le premier ministre chinois) ou à l'envahisseur (Bush). Il est la réponse de l'humilié à l'oppression. Il est en cela plus proche du pavé que de l'assiette en carton pleine de crème fouettée.

C'est pourquoi on ne devrait pas en abuser. Contrairement à la tarte à la crème qui trouve sa force dans le comique de répétition, le lancer de chaussures est une arme lourde, à la radicalité singulière.
On doit en faire l'usage modéré que Guy Debord préconisait pour la lettre d'insultes : être absolument certain que le destinataire la mérite.

Acte moderne, le lancer de godasses à la mode ces jours-ci est certes plus spectaculaire et plus efficace médiatiquement que la tirade d'un journaliste indigné. Mais sa banalisation tend à montrer que tout se vaut, que toutes les contestations sont égales par ailleurs et qu'au fond "ils" (les patrons, les politiques, les banquiers, les profs...) méritent tous une bonne savatte dans la gueule.

Balancer des chaussures sur le ministère de la Recherche préfigure, on l'imagine, une série sur la plupart des lieux de l'Exécutif dans un avenir plus ou moins proche. Et c'est dommage.
Car cela fera sans doute autant d'effet que de voir les députés socialistes chanter la Marseillaise dans l'Assemblée nationale comme si c'était aujourd'hui une posture engagée.
Le même effet que provoque la fièvre pétitionnaire qui s'empare régulièrement du pays et qui habille à peu de frais d'une aura contestataire des signataires qui ne prennent pas autant de risques que les 343 salopes en leur temps ( car oui signer une pétition peut être une preuve de courage).
L'effet d'un spectacle un peu pathétique, qui (mal) filmé à outrance provoquera bientôt autant d'intérêt qu'une sextape de Paris Hilton. Vos idées et vos godasses méritent mieux.





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