The Economist compare donc la France de 2006 à l'Angleterre de la fin des années 70 : une économie au ralentie, un dialogue social enlisé, une incapacité totale à imaginer une réforme en profondeur. Le magazine estime que la France attend donc (what France needs)sa (ou son) Margaret Thatcher, capable d'en finir une bonne fois pour toute avec l'utopie socialiste. La Dame de Fer transforma en effet à l'époque l'économie britannique en privilégiant le secteur des services au détriment d'un secteur industriel dont elle précipita l'agonie sans s'émouvoir des conséquence sociales.
Dans son excellent Bienvenue au Club, le romancier Jonathan Coe raconte cette Angleterre dépressive, coincée dans des idéaux en désuétude - les valeurs marxistes pour les Travaillistes et plus globalement l'esprit du fameux Welfare State, à la base du pacte social anglais mais dont les jours sont déjà comptés. L'avenir a donc un goût de saccage et il n'est pas très étonnant que la bande musicale de ces années là soit le punk. Jonathan Coe décrit
dans le même temps les joutes esthétiques et adolescentes auxquelles se livrent les tenants du rock progressif - qui à l'époque ne survit que dans une pose grandiloquente et outrancière - et les amateurs de punk - qui préfèrent 'énergie destructrice à l'harmonie.
Sans faire de trop lourdes comparaisons de nature, le romancier montre que la révolution conservatrice est un équivalent politique au punk et que pour eux les atermoiements de quelques socialistes qui craignent l'effondrement social des classes moyennes ressemblent à un solo de guitare à la plainte interminable. Dans Testament à l'Anglaise, Jonathan Coe racontera l'amère gueule de bois (dix ans de règne thatchérien) qui suit le grand pogo politique.
Le désir de se lancer à grands coups de docks dans la destruction d'un modèle social qu'il est beaucoup trop douloureux de voir lentement rogner est effectivement une option qui peut séduire la France de 2006. Si on suit The Economist, le petit punk du peuple s'appèlerait sans doute Nicolas Sarkozy.
A propos des romans politiques de Coe à lire La méthode Coe sur le mag de Flu
De Maxence, posté le 31.10.06 à 18:27 
Excellent post
De easywriter, posté le 31.10.06 à 18:29 
Maxence je double tes émoluments
De sigismund, posté le 31.10.06 à 19:29 
Merci de m'éviter la lecture de l'économist, j'avoue que la couverture m'avait interpellé... "le modele anglais, une illusion française" d'Agnes Poirier, est à lire, pour savoir ce qui nous attendrait en cas de conversion aux valeurs d'outre-manche...
De Julien, posté le 01.11.06 à 18:31 
On peut egalement lire / regarder
Les depossedes de Robert McLiam Wilson et Donovan Wylie ; tout le monde appreciera... a part peut-etre Mme Tatcher...
De easywriter, posté le 02.11.06 à 10:21 
S'il s'agit d'agnès poirier qui pige à l'occasion depuis londres pour libé ça doit être intéressant
un editeur?
un prix ?
De Louis, posté le 02.11.06 à 12:21 
J'ai lu le dossier de the Economist, et je voudrais ajouter qu'il ne choisit sarkozy que du bout des lèvres. Il n'est pas vraiment convaincu par son pedigree libéral: renflouement d'alsthom, mise en veilleuse de la "rupture" (discours d'Agen et suivants).. Donc j'interprète plutot leur position comme "wait and see", d'autant plus que royal est incohérente sur le sujet (en admirant Blair, mais en voulant "effrayer les capitalistes").